Pourquoi il faut fermer la centrale nucléaire de Tricastin d’urgence
Partager

Trois question à Guillaume Vermorel Ingénieur et enseignant spécialiste énergies

Pourquoi faut-il fermer la centrale nucléaire de Tricastin ? Les centrales atomiques font appel à une technologie complexe et fragile pour faire chauffer de l’eau à 300°C. Lorsqu’on regarde le cycle nucléaire « de la mine aux déchets », on s’aperçoit que cette technologie est extrêmement polluante et énergivore. Malgré 45 années de recherche publique pour trouver une solution face au cauchemar des déchets radioactifs, toujours pas de solution.

Quand on fait une analyse multi-critères des risques pour le site nucléaire du Tricastin, on constate que cette centrale est l’une des plus dangereuse de France. Elle cumule a elle seule le fait d’être construite sur une zone sismique avec la faille de la vallée du Rhône qui est toujours active et le fait d’être construite en zone inondable, 7 mètres en dessous du canal qui sert au refroidissement des réacteurs. Alors que l’ASN a reconnu que le risque sismique avait été sous-évalué lors de la construction de certaines centrales, il est de l’ordre du possible de voir inonder le site en cas de rupture du canal ou des écluses. Ce scénario rappelle clairement le séisme et la vague de Fukushima. Ici, impossible n’est plus français !

La centrale avec ses 4 réacteurs de 900 MW a été conçue et dessinée à la fin des années 60, début 70. A l’époque, la maîtrise de la technologie était très imparfaite. Rappelons-nous, par exemple, que les calculatrices n’existaient pas et que les ordinateurs faisaient la taille d’une maison. Ils fonctionnaient avec des cartons perforés et leur puissance de calcul était inférieure à celle d’une montre d’aujourd’hui. Cette technologie pionnière, mais déjà obsolète, était prévue pour fonctionner au maximum pendant 30 ans.

En 2013, 33 ans plus tard, la centrale remporte le triste record du nombre d’incidents. Il n’y a pas une semaine sans un incident. Le problème le plus symptomatique de l’usure générale est l’état de la cuve de confinement du réacteur 1. C’est elle qui retient la très forte radioactivité du cœur nucléaire. Elle doit aussi contenir les hautes températures ainsi que la pression de 155 bar (100 fois la pression d’un pneu). Cette cuve de 300 tonnes n’a jamais été considérée comme pouvant fuir ou exploser. Pourtant grâce aux fuites d’informations des syndicats, on sait que cette cuve comporte des défauts génériques : lors du soudage des différentes parties, 20 fissures importantes sont apparues.

En 2013, les fissures évoluent à chaque arrêt d’urgence par simple effet de dilatation thermique. Malheureusement, comme le cœur est trop radioactif, on ne peut plus ausculter par radiographie l’épaisseur de la cuve. EDF fait donc une surveillance en aveugle faisant courir un gros risque aux 1 200 000 habitants de la région.

Quel est le poids des politiques ?

Clairement, les élus EELV se mobilisent face au discours rassurant « tout va bien » d’EDF. Ils sont les seuls à siéger à chaque Commission Locale d’Information (CLIGEET). Avec l’aide de techniciens militants pointus sur les questions énergétiques, ils soulèvent les problématiques dans l’intérêt de la protection des personnes et de l’environnement. Au niveau national et européen Michèle Rivasi ou Yannick Jadot ferraillent contre les lobbies pro-nucléaire. Nous mettons tout notre poids pour que la prochaine loi sur la transition énergétique intègre la fermeture des centrales pour sortir du nucléaire comme les Verts Allemands ont réussi à l’obtenir en 2011.

Quelle stratégie pour obtenir la fermeture ?

Devant l’urgence, une dynamique sans précédent s’est construite en 2013. On retrouve côte à côte des militants politiques (EELV, NPA), des associations anti-nucléaire (RSN, Greenpeace, les Amis de la Terre, Frapna, CAN 84, …) et des syndicalistes, le tout permettant d’augmenter notre niveau d’expertise. La volonté de peser localement pour entraîner EDF vers la fermeture du site permet de fédérer les forces militantes. EDF et l’ASN sont conscients de l’augmentation des risques et des coûts induits. Lorsque que l’on croise nos analyses, il est certain que les réacteurs vont devoir être fermés bientôt. Pour nous les écologistes, il serait bien que ce soit avant un accident majeur ! Je veux profiter de cette tribune pour faire un appel à compétences. Si vous avez quelques heures de disponibles contactez-nous car nous avons besoin de vous.

Contact Guillaume Vermorel : g.vermo@yahoo.fr 06 64 44 10 60

5 raisons de fermer Tricastin

• Âge : La centrale a plus de 30 ans. Elle est construite entre 1974 et 1980

• Risque sismique : Elle est située sur une faille active • Risque inondations : Elle est située 7 m sous le canal du Rhône

• Risques cumulés : Risque nucléaire et risque chimique SEVESO

• Population importante : 1 200 000 habitants à proximité de la centrale

In Le Fil Vert de l’Ardèche #2  p.9