Filière bois, pour une gestion équilibrée entre respect des forêts et soutien aux entreprises du secteur
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Le conseil régional Rhône-Alpes a adopté le 13 décembre 2012, en assemblée plénière, une délibération pour soutenir la filière bois, et tout particulièrement ses PME. Véronique Rousselle, conseillère régionale d’Ardèche  a porté plusieurs amendements  sur cette délibération, adoptés par l’assemblée. Elle a notamment obtenue une référence à des labels environnementaux exigeants pour la gestion des forêt,  l’organisation par la région d’une formation d’ingénieur bois par apprentissage, un engagement sur l’exemplarité de la commande publique afin de faire vivre les filière locales.

 Avant le vote Véronique Rousselle a porté l’avis du groupe EELV sur cette délibération. Voici son intervention:

 « Pierre Rabhi, dans la plupart de ses conférences fait par d’un moment fort, passé dans la forêt. Après une journée de bûcheronnage avec un ami, ils s’assoient tous les deux sur un tronc d’arbre. Devant eux, dans le coucher du soleil un immense chêne. Dans le silence Pierre Rabhi admire son allure majestueuse, ses feuilles qui miroitent dans le soleil couchant, le découpage de ses branches noires en ombre chinoise. Il pense aux nombreuses espèces d’oiseaux qui s’y sont posés depuis des décennies. Après un long moment de silence, et presque de recueillement, il s’adresse à son ami et lui dit « C’est un bel arbre hein ? Son ami répond « oh oui alors! Tu te rends compte le nombre de mètres cubes que tu vas pouvoir en sortir !…. La petite histoire ne dit pas ce qu’est devenu cet arbre. Elle invite tout simplement à la conciliation, à la recherche d’un équilibre entre la forêt élément de nature et lieu de biodiversité et la conciliation avec l’économique, l’énergétique..A ce sujet notre groupe a une pensée forte pour l’écosystème de Notre Dame des Landes, qui est très menacé par un projet d’aéroport destructeur et source de gaz à effet de serre.

La délibération présentée aujourd’hui ouvre, elle, la porte à la gestion d’un tel équilibre entre nature et économie et c’est pour cela que nous la voterons, à un point près peut-être.

Economiquement la filière souffre d’un handicap important. C’est la diminution massive des PME de 1ère transformation qui maillaient le territoire et qui souffrent de la concurrence liée à l’importation. Nous sommes donc d’accord pour les accompagner vers la qualité, la traçabilité, et les rendre attractive.

Quand on dit que la production agricole ne peut pas se comparer au reste de l’économie c’est notamment parce qu’il y a un facteur temps. Attendre un an pour récolter, c’est trop pour certains!!! L’impatience actuelle conduit à la production de cultures polluantes et gourmandes en énergie (comme les tomates sous serres toute l’année).

Pour la forêt, le facteur temps est encore plus important et plus long. Les forêts de RA n’ont pas intérêt à aller sur la vitesse de pousse, d’exploitation, de séchage. ni sur l’artificialisation de la forêt. Nous serions dès lors confrontés à une mise en danger de la durabilité de nos forêts par des espèces rapides, exogènes, mono spécifiques, régulières. Ceci serait à l’inverse même de notre volonté d’adaptation au changement climatique et de préservation de la biodiversité. Un exemple : le douglass, résineux implanté récemment chez nous, (au 19ème siècle), présente de nombreuses qualités techniques. Mais qu’en sera-t-il de son acclimatation aux attaques de parasites ? et au fait qu’il soit mal armé contre les tempêtes ? pire !!! il acidifie les sols et les eaux. Pourquoi miser nos plantations sur cet arbre ? La diversité des essences est, et sera , notre richesse. Il nous faut des forêts résilientes.

Pour y arriver tendons vers un label exigeant, qui oblige les acteurs économiques comme environnementaux ainsi que l’ONF à se mettre autour d’une table et à trouver, par territoire, un consensus sur les seuils d’exigences à s’imposer dans des critères internationaux stricts. La taille des PSADER apparaît comme le bon échelon de réflexion. La meilleure garantie à long terme, tant sur le plan écologique qu’économique est, comme le prouve de nombreuses recherches, d’augmenter la résilience de la forêt, en s’appuyant sur la biodiversité et le bon fonctionnement de l’écosystème.

La délibération insiste sur le développement des bois locaux et c’est une très bonne chose. Nous allons avoir une délibération sur l’autonomie alimentaire des élevages. Viser également l’autonomie en bois d’œuvre, industriel, et de chauffage est un bel objectif. A ce sujet, n’oublions pas de prendreen compte le bois « bûche » qui n’est pas ou peu recensé dans les échanges commerciaux. En Ardèche par exemple 50% du bois de chauffage est du bois bûche, ce n’est pas à négliger dans la lutte contre la précarisation énergétique. Accompagner les PME dans leurs investissements, les confortera dans la mesure où les propriétaires forestiers seront rassurés par un label exigeant tel que le FSC (Forest Stewartsheap Concil) qui assurera la durabilité de leur domaine.

Nos moyens  régionaux sont très limités. Ils doivent donc inciter et accompagner les acteurs de la filière vers des démarches et des pratiques durables. En revanche, il serait risqué de vouloir installer des mécanismes financiers de compensation de carbone.

 Accepterons nous que des entreprises, mécènes, s’achètent ainsi des droits à émettre des Gaz à effet de serre ?

Comment régulerons-nous les choix des mécènes de favoriser tel ou tel forêt, plus visible, plus près de son siège social ? et à l’inverse certains massifs ne seront pas financés car moins attractifs. Ne feront ils pas pression pour une exploitation « de pillage » et obtenir des rendements supérieurs ? En instituant ces échanges de carbone nous pouvons perdre le pilotage public de nos priorités. 

Une inquiétude en guise de conclusion. Alors que la transition écologique s’installe dans nos débats publics, l’Etat envisagerait d’augmenter la TVA sur le bois de chauffage en la passant à 10 % et baisser celle sur le gaz de 5.5 à 5%.Est-ce là encourager une énergie renouvelable ? Est ce là encourager une filière qui a plus d’emplois que l’industrie automobile et qui pourrait en créer davantage pour peu qu’on lui en donne les moyens ??? »