Un ancien cadre EDF de Tricastin vient de demander aux élus locaux de la communauté de commune du Rhône aux Gorges de l’Ardèche de faire voter une motion «pour une transition énergétique responsable » Il demande de soutenir la prolongation à 50 ans de réacteurs construits pour en durer 30.
« Les réacteurs de Tricastin sont à bout de souffle. Leur cuves, construites il y a 40 ans, avec la technologie de l’époque, montrent de graves défauts : 20 fissures, dont plusieurs de plus de 12 mm, sur un seul réacteur ! Ces réacteurs ont dépassé de 3 ans leur date de péremption et détiennent le triste record d’incidents. Plus de 1000 depuis leur mise en fonction, et leur fréquence s’accélère, » rappelle André Vermorel, maire EELV de Bidon, situé à 10 km du site de Tricastin.
A la veille des municipales, la filière nucléaire fait du chantage auprès des élus locaux. Ces propositions de motions sont présentées dans plusieurs communautés de communes riveraines des centrales nucléaires françaises. Les intérêts financiers en jeu sont majeurs. En prolongeant encore des réacteurs nucléaires amplement amortis, EDF s’assure des revenus importants mais remet à plus tard les démantèlements qu’elle n’est pas en mesure d’assurer ni techniquement, ni financièrement.
« Avec cette action de lobbying, la filière nucléaire utilise des méthodes de pression d’un autre temps. Il faut que toute la lumière soit faite sur les liens qui unissent EDF, Areva et ces associations de retraités du nucléaire qui font pression sur les élus », demande Guillaume Vermorel, porte-parole d’EELV 07.
Avec le prolongement de la vie des centrales à 50 ans, un accident à Tricastin se fait de plus en plus probable. Sans compter les drames humains, un accident atomique coûtera 430 milliards d’Euros à nos territoires selon l’Institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN), alors qu’EDF n’est assuré qu’à hauteur de 91 millions d’Euros.
Nous appelons les élus à prendre leur responsabilité et à faire passer la sécurité des citoyens avant les intérêts financiers.
« La filière nucléaire est un acteur économique important. Le démantèlement des centrales continuera à apporter de l’emploi en vallée du Rhône durant des dizaines d’années. La réorientation de l’économie vers la production d’énergie renouvelable assurera de vrais débouchés pour une population formée à travailler dans le domaine de l’énergie», rappelle Christian Moyersoen, porte- parole d’EELV Ardèche.
Christian Moyersoen, Guillaume Vermorel porte-paroles EELV 07
C. Moyersoen : 06 07 21 74 28
G. Vermorel : 06 64 44 10 60
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Fichiers Joints
– Motion présentée à la communauté de commune DRAGA par Claude Lévèque, retraité d’EDF Tricastin : Retraités Nucleaire motion Tricastin
– lettre d’André Vermorel aux élus de la communauté de commune DRAGA en réponse à cette motion
Cher(e)s Collègues,
Nous devons ce soir nous prononcer sur une motion intitulée « pour une transition énergétique responsable », motion proposée par Mr Lévèque, ex cadre EDF Tricastin.
Je voudrais vous apporter une analyse et un regard différents du sien, sur l’ensemble du site de Tricastin, et en particulier sur les entreprises EDF, AREVA et SOCATRI, et aussi sur toute la filière du nucléaire.
Dire que le nucléaire est une industrie décarbonée est un mensonge. De l’extraction du minerai en Afrique, Australie, Mongolie… au stockage des déchets radioactifs, l’industrie nucléaire génère autant de carbone que toute autre forme d’énergie fossile (charbon, pétrole, gaz) et ne résout pas notre indépendance énergétique. La France ayant épuisé depuis longtemps ses propres réserves d’uranium, est obligée d’acheter son minerai, en acceptant le prix imposé, en continuelle hausse, des pays fournisseurs, souvent gérés par des dictateurs…sans compter les risques liés aux prises d’otages et les rançons versées aux terroristes… La filière nucléaire ne rejette pas que du carbone. Elle rejette aussi 60% de sa puissance sous forme de chaleur mais surtout de grandes quantités de produits de fission, radioactifs pendant des milliers voire des millions d’années, et c’est bien là le plus grave de ses défauts.
Le Tricastin est situé sur une faille géologique qui fait courir un risque sismique majeur. En cas de rupture de la digue du canal ou d’une écluse, le site EDF par exemple, situé 7 mètres au-dessous du niveau d’eau du canal, sera noyé jusqu’au deuxième étage en quelques minutes !
Le Tricastin cumule des risques chimiques et nucléaires dus à la concentration d’entreprises sur le même site, pouvant entraîner en cas d’accident, une succession en chaîne de catastrophes.
En ce moment même, la nappe phréatique du Tricastin est fortement « impactée » par des fuites, notamment de tritium. Celles-ci, découvertes en juin dernier, n’ont toujours pas été expliquées ni réparées par EDF, malgré l’injonction du gendarme du nucléaire, l’ASN. La semaine dernière encore, 31 Kg d’oxyde d’uranium ont été rejetés dans l’atmosphère ! Nous avons encore tous en tête les 72 Kg d’uranium rejetés à l’extérieur du site dans la Gaffière, puis dans le canal, et 150 Kg sur le site, le 8 juillet 2008, par la SOCATRI. La conséquence économique qui s’en est suivie pour les vins AOC des Côteaux du Tricastin est qu’ils ont dû changer d’appellation en urgence. N’oublions pas non plus les conséquences sanitaires et environnementales de cet accident. La Cour des Comptes (dont on ne peut pas remettre en cause l’indépendance et le sérieux) estime à 500 milliards d’Euros le coût induit d’un accident nucléaire majeur en France, du genre Fukushima. Ce type d’accident nucléaire n’est pas du tout improbable en Tricastin.
En effet, les réacteurs de Tricastin sont à bout de souffle. Leur cuves, construites il y a 40 ans, avec la technologie de l’époque, montrent de graves défauts (20 fissures, dont plusieurs de plus de 12 mm!) sur un seul réacteur ! EDF parle « d’écart de conformité », mais pas de défaut ! Bel euphémisme ! Ces réacteurs ont dépassé de 3 ans leur date de péremption et détiennent le triste record d’incidents (plus de 1000 depuis leur mise en fonction, et leur fréquence s’accélère!)
La décision de réduire la part du nucléaire à 50 % en 2025 est une promesse de campagne de F. Hollande, pour lequel, démocratiquement, le peuple français a voté. Cette décision est en cohérence avec le Grenelle de l’Environnement, initié par le gouvernement Sarkozy/Fillon, dont on peut dire qu’il n’était pas franchement anti-nucléaire.
Si le lobby pro-nucléaire jusqu’auboutiste sollicite les élus aujourd’hui et leur demande leur appui, c’est par ce qu’il pense pouvoir faire pression sur nous, à cinq mois d’une élection municipale. Je vous demande, mes chers collègues, Elus de la République, de gérer en bon »père de famille » et de ne pas répondre à des intérêts particuliers qui nous demandent un engagement dans un modèle énergétique périmé. C’est pour nos enfants que nous devons nous positionner ! Nous serons responsables devant les générations futures !
Nous, élus de DRAGA sommes au contraire fiers d’avoir initié un projet d’autonomie énergétique sur notre territoire avec les parcs photovoltaïques sur les communes de St Marcel, St Montan, Gras et Bidon. Ces parcs verront le jour pendant l’été 2014. Nous luttons contre la précarité énergétique (le tarif de l’électricité d’origine nucléaire ne va cesser d’augmenter) Nous avons mis en place un programme local de l’habitat pour améliorer confort et isolation thermique des habitations de la CdC DRAGA.
Je pense que nos électeurs seront fiers de nous, de notre anticipation, de notre engagement, pour nous mais aussi pour les générations futures.
Je vous demande donc, chers collègues, de rejeter cette motion pro-nucléaire irresponsable, qui est en fait un non-sens énergétique, écologique et sanitaire.
André Vermorel, Maire de Bidon,
Vice Président de DRAGA, en charge de l’Energie et de l’Eau.

